N° ACR0000683 - Arche de la Fraternité, dite Grande Arche de La Défense et parvis de La Défense

 
Adresse : 1 parvis de La Défense
  92800 Puteaux
Coordonnées GPS : 48.892754, 2.236155
Coordonnées GPS : 48.892754, 2.236155
Dates Construction : 1989
Date de classement : 2016
Auteur : Spreckelsen von Johan Otto (architecte) ; Reitzel Erik (architecte) ; Andreu Paul (architecte) ; Rice Peter (ingénieur)
Patrimoine du 20e siècle

Précision Interet :

« [La Grande Arche] s’inscrira dans la liste restreinte des grands monuments de la capitale qui en sont tous les signes et les symboles et qui assurent la renommée de notre pays. […] La Grande Arche de la Tête Défense pose un nouveau point d’orgue sur l’axe historique de Paris. » Robert Lion (Architectures capitales : Paris, 1979-1989) Monument colossal de la fin du XXe siècle, la Grande Arche constitue une réponse contemporaine à l’Arc de triomphe de l’Étoile. Mais à l’inverse de son aïeule, elle est dédiée non pas aux victoires militaires, mais à la fraternité et aux idéaux humanistes. Édifiée pour être un grand monument, elle s’inscrit dans la politique dite des Grands Travaux du président François Mitterrand. Inaugurée en 1989, elle constitue depuis un symbole des commémorations de l’année du bicentenaire de la Révolution. Venant clore vingt années de polémiques et de projets relatifs à l’aménagement de la Tête Défense, la Grande Arche est implantée sur l’axe historique, constituant une porte monumentale du Grand Paris. À l’échelle du quartier de La Défense, l’édifice est un signal tant symbolique qu’urbain. La Grande Arche symbolise en effet la renaissance du quartier – qui correspond à la période des constructions dites de troisième génération – à la suite de la crise des années 1970. Par sa situation et sa monumentalité, l’édifice est conçu pour être le navire amiral du quartier d’affaires, Johan Otto von Spreckelsen précisant que « le but principal est de construire la « clé de voûte » de La Défense. La tâche de définir et d’embellir le site revient ainsi au dernier bâtent construit ». Réinterprétation contemporaine de l’antique typologie de l’arc de triomphe, la Grande Arche possède une architecture qui se caractérise par sa monumentalité, la pureté de ses formes et une grande sobriété. Comme l’indique Virginie Picon-Lefebvre, l’édifice « satisfait à la fois les tenants de la modernité par son austérité et les postmodernes qui croient reconnaître une figure de l’histoire de l’architecture ». Enfin, la Grande Arche est précédée d’un vaste parvis qui correspond au niveau supérieur – celui des piétons – de la dalle de La Défense. Bien qu’édifié précédemment, ce parvis participe à la monumentalité de la Grande Arche à laquelle il est aujourd’hui intimement lié.

Description Historique :

L’inauguration en 1989 de la Grande Arche de la Fraternité vient clore vingt années de polémiques et de projets relatifs à l’aménagement du point culminant du quartier d’affaires de la Défense dans le prolongement de l’axe historique parisien. Cette opération, qui voit des dizaines de projets se succéder, prend le nom de « Tête-Défense ». Marquer la perspective de l’ancienne voie royale est l’objet de propositions bien avant l’aménagement du secteur en quartier d’affaires. Durant l’entre-deux-guerres, la ville de Paris et la préfecture de la Seine lancent notamment un concours pour l’aménagement d’une voie triomphale (1931-1932). Le plan d’Henri Prost (1934), qui prévoit le prolongement de l’axe des Champs-Élysées vers Saint-Germain-en-Laye, comprend également l’aménagement du secteur. Ainsi, le rond-point de La Défense apparait comme le point d’articulation de l’expansion suburbaine de l’ouest parisien. Suite à la décision de dédier le secteur aux affaires, plusieurs propositions d’aménagement sont faites pour marquer, au niveau du rond-point et à grande échelle, la perspective de l’axe historique. Dans les années 1970, l’opération Tête Défense est marquée par deux projets de construction – l’un privé et l’autre public – qui correspondent à deux hauteurs et à deux inscriptions dans le site. En 1969, le promoteur Jean-Claude Aaron et la SEFRI demandent à Ieoh Ming Pei de concevoir un projet : deux tours jumelles, de part et d’autre de l’axe avec une structure en forme de diapason. Face à ce projet privé, l’EPAD fait appel à Emile Aillaud qui imagine un immeuble de 70 m. de hauteur, dont le plan forme des demi-cercles dissymétriques. Les deux propositions sont rendues publiques en 1971. Mais face à la polémique qu’elles créent, l’EPAD organise un concours national mettant en concurrence onze architectes français. Sont alors sélectionnées les propositions de l’Atelier d’études architecturales, de Robert Auzelle, de Daniel Badani, de Joseph Belmont, d’Henry Bernard, de Robert Camelot, de Jean de Mailly, de Gérald Hanning, de Jacques Kalisz, d’Ieoh Ming Pei – qui propose une ultime version de son projet –, d’Henri Pottier et d’Henri Vidal. Finalement, le projet Aillaud – modifié avec une hauteur ramenée à 55 m. – obtient en 1973 les faveurs du président Georges Pompidou. Mais, suite à la crise financière qui plonge La Défense dans la torpeur, le projet d’Emile Aillaud est mis en sommeil. Sous la présidence giscardienne, deux consultations restreintes sont organisées entre 1978 et 1980. Y participent Emile Aillaud – qui livre les derniers avatars de son projet – ainsi qu’une nouvelle génération d’architectes : Roland Castro, Yves Lion, Henri Ciriani, Claude Vasconi, Jean-Paul Viguier ou Jean Willerval. Ce dernier devance la proposition d’Aillaud avec ses bâtiments-lames qui, de part et d’autre de l’axe, forment un ensemble dissymétrique. Mais, victime de l’alternance politique, le projet est abandonné à la fin de l’année 1981. Dans le cadre de la politique dite des « Grandes opérations d’architecture et d’urbanisme », le président François Mitterrand relance l’opération Tête Défense annoncée le 9 mars 1982. Après plusieurs hésitations sur sa destination, Mitterrand décide que l’édifice abritera un « Carrefour international de la communication ». Il s’agit alors, comme l’indique Virginie Picon-Lefebvre, de « réaliser un bâtiment tête de réseau d’un système international d’échange d’informations pour aider notamment les pays en développement ». Un concours d’envergure internationale est lancé le 7 juillet 1982. Le jury présidé par Robert Lion réunit des grands noms de l’architecture internationale, tels que Richard Meier ou Richard Rogers, et des architectes français, avec notamment Bernard Zehrfuss, Antoine Grumbach et Gérard Thurnauer. Le succès est retentissant : 897 équipes s’inscrivent et 424 propositions sont remises. En avril 1983, le jury retient une soixantaine de projets. Puis, quatre propositions sont sélectionnées, celles des français Nouvel, Soria et Architecture Studio, et des canadiens Crang, Boake et Robertson, sont classées second prix. Les projets des français Viguier & Jodry et du danois Johan Otto von Spreckelsen – associé à l’ingénieur Erik Reitzel – sont quant à eux lauréats ex æquo. La pureté et l’intemporalité de la forme du projet danois convainc finalement le président François Mitterrand, auquel revient le choix définitif qui est révélé fin mai 1983. Von Spreckelsen définit son arche comme étant « un cube ouvert, une fenêtre sur le monde, comme un point d’orgue provisoire sur l’avenue, avec un regard sur l’avenir ». L’architecte est, au moment où il remporte le concours, quasi inconnu, ayant précédemment édifié des bâtiments de taille modeste à l’instar de sa maison dans la banlieue de Copenhague ou des églises. Il n’est que peu préparé à la construction d’un édifice d’une telle échelle et aux lourdeurs administratives de l’Etat français. Les études et la conception de l’Arche vont alors être conduites dans un climat délétère. Le calendrier d’exécution est extrêmement serré, le projet doit être assez avancé pour l’échéance électorale de 1986, et terminé en 1989 pour le bicentenaire de la Révolution. Le règlement du concours prévoit qu’un maître d’œuvre étranger doit être épaulé par une équipe technique française. Familier des rouages administratifs nationaux et des grands projets, Paul Andreu devient l’architecte réalisateur de la Grande Arche, et charge François Deslaugiers de la construction des façades puis des ascenseurs extérieurs. Durant la période d’études pour la complexe réalisation de l’édifice, l’entente de l’architecte danois avec les autres maîtres d’œuvre et avec la maîtrise d’ouvrage – et ce, malgré le soutien de François Mitterrand et de Robert Lion – est déplorable, von Sprekelsen souhaitant garder le contrôle de l’ensemble et se soucie peu du calendrier d’exécution. En 1986, suite à la première cohabitation, le programme de Carrefour international de la communication est abandonné au profit d’un immeuble de bureaux, destiné au ministère de l’Équipement et à des entreprises privées. La même année, suite aux nombreuses divergences et au changement de destination de l’édifice, Johan Otto von Spreckelsen démissionne. Titanesque, le chantier de construction de l’Arche s’apparente à celui d’un ouvrage d’art. Il mobilise environ 50 entreprises, dont Bouygues Construction qui assure le premier œuvre et les façades. Les travaux débutent en janvier 1985 et s’achèvent en juin 1989. Ils sont marqués par un dernier conflit à propos de la réalisation de la vaste structure située dans le vide intérieur, dite Le Nuage. Le projet de von Spreckelsen étant très sommaire quant à ses aspects techniques et sa réalisation, l’ingénieur irlandais Peter Rice est chargé de réaliser cette structure suspendue entre les deux parois de l’Arche. L’Arche est inaugurée par le président François Mitterrand à l’occasion du sommet du G7, organisé dans le quartier d’affaires du 14 au 16 juillet 1989. Par sa monumentalité et sa situation, l’édifice devient rapidement le symbole visuel de La Défense. Le marbre en façade présente toutefois très rapidement de graves problèmes d’usure. Trop poreux, il absorbe l’eau, se bombe et se décroche, obligeant la mise en place de filets de protections. Critiqué pour ses bureaux étriqués et mal agencés, l’édifice entre petit à petit en désuétude. En avril 2010, suite à la chute d’une poulie, l’accès au toit de la Grande Arche est fermé au public, les ascenseurs panoramiques extérieurs sont alors condamnés. En 2014, une campagne de rénovation de l’édifice est lancée. Conduite par l’agence Valode & Pistre, elle concerne notamment un réaménagement complet du pilier sud, la réouverture du toit et le remplacement du parement de marbre par un granit provenant du Vermont aux États-Unis. Au printemps 2017, la réhabilitation est achevée, le toit est de nouveau rendu accessible au public grâce aux ascenseurs extérieurs.

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